mercredi 24 mars 2010

TEACHING IN BURUNDI

Être enseignant est loin d'être un métier de tout repos, surtout quand on débute, et avec pour seule formation une journée express pendant le stage de la DCC. Sans compter que depuis le début de l'année académique, les cours se dispensent un peu à la chaîne ici. J'ai échappé de justesse à 8h de cours par jour. Quand bien même, 4h quotidiennes, cela reste épuisant, surtout lorsqu'il faut les donner en anglais. Je revis ici la même source de fatigue qu'à l'UNESCO, en baignant à égalité dans trois langues différentes (espagnol à la maison, anglais et français au travail).


Néanmoins j'adore enseigner! Je crois que le rapport avec les élèves est ce qui me motive le plus. C'est d'abord un défi de chaque instant, car la responsabilité est grande de « transmettre », non seulement des connaissances mais aussi des méthodes d'analyse. Après des débuts hésitants, j'ai finalement décidé que le plus important, ce n'était pas de leur tout leur dire, mais qu'ils comprennent et retiennent le peu que je tente de leur enseigner (l'avantage de travailler sans programme académique!). Voilà qui n'est pas une mince affaire, surtout lorsque l'on n'est pas professeur de langues de formation. Comme ceux qui me connaissent le savent déjà, j'ai parfois du mal à accepter mes erreurs et mes lacunes (j'entends d'ici vos rires moqueurs « c'est un doux euphémisme! »;-))! Mais devant une classe de 30 élèves pendus à vos lèvres, c'est une véritable épreuve du feu! Heureusement, les élèves sont plutôt tolérants à mon égard. Lorsqu'il me reprennent, j'essaie d'en tirer le positif, car dans une certaine mesure, cela prouve aussi qu'ils suivent le cours et s'intéressent.


Cette relation avec les élèves m'offre aussi d'autres sources de satisfaction. Le surnom (et oui, déjà!) dont ils m'affublent est « kanyeshamba » (qui veut dire « forestier » en kirundi). J'aime ce surnom parce qu'il me donne l'impression de faire un peu partie de leur monde (kirundophone). Ils apprécient beaucoup que je dise quelques mots en kirundi pendant les cours, même si je suis la seule autorisée à le faire, car pour eux, les cours sont exclusivement soit en français soit en anglais! En fait, j'essaie de faire de mon mieux pour les mettre en confiance. Je n'aspire pas à être un de ces professeurs que les élèves craignent. Je mise plutôt sur des cours participatifs, où l'on rigole au moins un peu, parfois sur des thèmes un peu « hors-sujet ». Je me suis retrouvée, alors que j'expliquais pourquoi la phrase « The lion hunted the man and killed it » n'avait pas de sens, à chanter « ce matin, un lapin a tué un chasseur »! Et oui, vous en auriez bien voulu d'une prof comme moi, qui n'a pas peur du ridicule! La difficulté reste de savoir jouer à la fois sur la confiance et le respect, ce qui n'est pas non plus une tâche facile. Il faut parfois se rappeler à l'ordre et montrer aux étudiants qu'un professeur, ce n'est pas un copain!

Par ailleurs, d'un point de vue plus pédagogique, je tâche de faire preuve de patience et de souplesse, en particulier sur les horaires (il n'est pas rare qu'une bonne moitié de la classe arrive avec plus d'une demi-heure de retard, surtout quand il pleut!). Evidemment, j'en profite également car, comme les mêmes que tout à l'heure le savent aussi, la ponctualité ne fait pas vraiment partie de mes principales qualités! Même chose pour les délais de rendu de devoirs, notamment parce que les étudiants de l'université n'ont pas du tout l'habitude de compter sur le contrôle continu. La politique pédagogique en vigueur ici, comme je l'avais déjà évoquée, est un cours intensif d'une semaine presque immédiatement suivi de l'examen de première session. Les seuls cas où les élèves sont amenés à faire de vrais devoirs à la maison, c'est lorsque le professeur, pour gagner deux ou trois heures de cours, les compense en donnant un travail « complémentaire » qu'il mettra théoriquement deux ou trois heures à corriger...

Bien sûr, parfois, la désinvolture de certains me tape sur les nerfs. Dans ces cas-là, je choisis un élève qui a bavardé ou qui est arrivé encore plus en retard que moi (!), et qui subira une gentille moquerie « filée » tout au long du cours! Mais la chose qui me met vraiment hors de moi, et sur laquelle je suis absolument intransigeante, c'est la tricherie, qui leur vaut immanquablement une mauvaise note et une bonne remontée de bretelles! A côté de cela, je n'oublie pas que le secret de la réussite, ce sont aussi les encouragements. C'est pourquoi je m'attache à les féliciter quand ils travaillent bien, à leur montrer que faire des erreurs « à haute voix » , c'est non seulement normal (la première fois bien sûr!) mais aussi profitable à toute la classe, à leur offrir des opportunités de se rattraper quand ils se sont trompés, à leur démontrer qu'on peut apprendre plein de choses à condition de travailler!


mercredi 3 mars 2010

NGOZI'S ANATOMY E04S01: LA VUELTA DE MAXI

La colloc est à nouveau au complet: Maxi est de retour! Après des premiers jours plutôt tendus à Bujumbura, le retour à Ngozi a marqué le retour aux bonnes vieilles habitudes! Il a quand même bien fallu faire rattraper le temps perdu à l'homme de la maison! Car il s'en est passé des choses au mois de janvier!

Carolina s'était en effet trouvé un « amante tinieblo », un jeune français fan de rugby et de scoutisme, mais malheureusement, la romance n'aura duré qu'un temps! A nouveau célibataire, elle se lance à corps perdu dans la gym tonique, ce qui semble lui réussir. La chance veut qu'en plus, elle y rencontre un bel omanien qui répond au doux nom de Yousuf. Peut-être le début d'une grande aventure?

Pendant ce temps-là, en l'absence de son cher et tendre, la douce Laura s'était laissée émoustiller par un visiteur étranger, venu se lancer dans le commerce de café à Ngozi, et qui loge dans l'hôtel chic de Ngozi, le Sckojet, à quelques pas de la maison. L'homme, un dénomé Loay, au physique athlétique et à la crinière féline, est libanais d'origine portugaise et vit depuis 15 ans au Mozambique. Mais la déroute hormonale a tourné court car en plus de ses lubies astrologiques, le ténébreux « salvaje » est marié et sa femme attend un bébé. Heureusement que Maxi est de retour!

Maria, quant à elle, a enfin commencé les cours dans sa faculté. Elle est déjà qualifiée par ses étudiants de «prof trop cool »! Mais il faut quand même bien admettre qu'elle a un petit faible pour les étudiants de 3e et 4e année avec qui les cours tournent souvent à la franche partie de rigolade! Après une semaine « noire », où sa légendaire maladresse lui a vallu de se prendre tour à tour une barre d'échaffaudage dans l'oeil, le coffre de la voiture sur la tête, une table basse dans le tibia et un retard de deux heures en cours, la chance est de retour! La seule ombre au tableau a été le départ de son ami Saïdi qui, fraîchement diplômé et avec distintion, est parti à Bujumbura pour chercher du travail. Heureusement, comme Maria descend régulièrement à Buja, ils se sont promis de rester en contact!

Qu'adviendra-t-il de la relation entre Yousuf et Carolina? Maxi et Laura laisseront-ils finalement s'épanouir l'amour qui bouillonne entre eux? Maria conservera-t-elle sa réputation de « prof trop cool »? Vous le saurez en lisant le prochain épisode de Ngozi's Anatomy!

LIFTING IN BURUNDI


Les transports sont l'un des éléments les plus marquants du Burundi. Pour vous présenter le panel le plus complet possible de ce trait remarquable, laissez-moi vous guider du plus gros au plus petit.

LES ÉLÉPHANTS
L'essentiel des biens de consommation entre et sort du Burundi à bord de camions tanzaniens bigarés, et il faut bien l'admettre, un peu kitch, à l'image des camions indiens. Souvent surchargés, tant par les marchandises en tout genre qu'ils transportent que par les gamins qui sautent à l'arrière pour aider à décharger et gagner ainsi leur pitance quotidienne, ces camions ont une fâcheuse tendance à traverser les villes et villages à 150 km/h, manquant chaque fois d'écraser sauvagement vélos et piétons qui ont le malheur de se trouver sur leur passage! A cette vitesse, dans les virages en épingle à cheveux qui parsèment les routes burundaises, de nombreux camions se renversent.

Les accidents de camions, notamment ceux qui transportent de la bière (Primus et Amstel), sont un véritable événement dans les villages. Quelques secondes après s'être retourné, le camion est assailli par des dizaines de paysans qui improvisent sur place une sorte de cabaret informel et épuisent le stock de boissons en quelques heures, le temps que la police arrive sur les lieux!

LES CHARETTES
Les autobus burundais sont en général des camionettes 18 places, en réalité raremement occupés par ce nombre exact de personnes! On les appelle des « yas ». C'est le mode de déplacement le plus commun et le plus abordable pour aller d'une ville à l'autre, mais ce n'est clairement pas le plus rapide ni le plus confortable.

En effet, ici, on optimise le déplacement et l'espace du véhicule, ce qui signifie que le bus ne démarre pas tant qu'il n'est pas plein comme un oeuf. Le yas fait donc plusieurs fois le tour de la ville à la recherche de passagers, avant de se décider à prendre la route. A l'intérieur, les biens les plus inattendus s'amoncèlent: valises, sacs de riz, de haricots et d'oigons, poulets vivants, etc. Et sur le parechoc avant, il n'est pas rare de voire se balancer quelques mukekes et sangalas (poissons du lac Tanganyika), ce qui leur confère ce petit goût unique au monde! Sur la route, même principe: on s'arrête tous les 20 mètres pour prendre un nouveau passager ou pour que l'un des passagers à bord achète un régime de bananes ou un sac de pommes de terre.

Tout cela vous semble bien folklorique, je n'en doute pas, mais c'est sans compter sur le mal qui frappe nombre de burundais: celui des transports. En effet, il arive souvent que votre voisin rende son déjeuner dès les 20 premières minutes de voyage et ce jusqu'à l'arrivée. Mais rassurez-vous, les burundais savent se tenir, ils vomissent souvent dans leur sac pour ne pas vous incommoder!

LES BOEUFS
Le parc automobile burundais ressemble à celui de presque tous les pays d'Afrique: de vieilles voitures décharnées en provenance d'Europe, au kilométrage titanesque et aux intérieurs improbables, et de gros 4x4 pick up, parfois propriétés des quelques rares burundais millionnaires (en Francs Bu, bien sûr!) ou de l'administration, mais plus généralement outil de travail de la coopération internationale. Entre les deux, on trouve les Corolla japonaises des taxis, souvent ornées sur leur pare-brise avant et arrière d'autocollants géants glorifiant le nom de Dieu. Là encore, même principe que pour le yas, pas de gaspillage: lors que vous prenez un taxi pour aller d'une ville à l'autre, c'est souvent avec 3 ou 4 inconnus et le coffre plein de marchandises diverses et variées.

L'autostop est aussi une pratique très répandue au Burundi. On appelle cela « trouver un lift ». Et contrairement aux idées reçues, les burundais se prêtent volontiers à cette pratique. Nous même, comptant parmi les professeurs privilégiés de l'université qui disposent d'un véhicule, nous sommes souvent sollicités pour déposer un collègue sur le chemin.

LES BROUETTES
Comme en Chine, le moyen de transport emblématique du Burundi, c'est le vélo! D'abord avec les taxi-vélos, que l'on trouve en bande à presque tous les coins de rue, réunis autour de bornes informelles, et qui, moyennant quelques centaines de francs, suent sang et eau pour vous amener n'importe où en ville. Ils sont réputés pour conduire très dangereuseument et être à l'origine de nombreux accidents. Une de mes étudiantes a d'ailleurs failli y laisser un orteil! A Bujumbura, comme la ville est plus étendue, les taxi-motos leur font concurrence.

A la campagne et sur les routes, le vélo sert surtout à transporter toutes sortes de marchandises: des bottes de foins aux sacs de charbon, vous n'imaginez pas tout ce qui tient sur un deux-roues. Et les pauvres bougres qui poussent leur vélo surchargé comme ils pousseraient un âne mort font sans conteste partie du paysage. Cela n'est pas très étonnant quand on sait qu'en dehors des 3 ou 4 routes principales du pays et des 2 ou 3 rues principales de chaque ville, toutes les autres voies du Burundi sont en terre battue, diablement pentues et donc difficilement accessibles aux véhicules.

... ET MARCHER AVEC SES PIEDS!
Mais ici, compte tenu du relief montagneux, des difficultés d'aménagement du territoire et de l'enclavement des villages, la meilleure façon de se déplacer, c'est encore avec ses pieds. Malgré l'absence de trottoir en ville et de bas-côté sur les routes, les Burundais, surtout les paysans, font des kilomètres tous les jours pour aller aux champs, chercher de l'eau, faire des courses, se faire soigner, etc. Hommes, femmes, enfants, souvent chargés de panier dignement portés sur la tête à l'aide d'une sorte de turban en feuilles de bananes, grimpent avec agilité les collines escarpées qui couvrent le pays.

mardi 16 février 2010

BUILD A FAMILY IN BURUNDI

Voici un petit post pour compléter le précédent sur le mariage au Burundi, et parce que je suis sûre que la question que vous vous posez tous maintenant est de savoir si ici aussi, la femme prend le nom de son mari. Et bien la réponse est non, car la notion de nom de famille n'existe pas au Burundi. En effet, si les Burundais ont bien deux noms qui ressemblent fort à nos noms et prénoms, il n'en est rien. L'équivalent de leur nom n'est nullement un héritage familial, il n'est donc pas transmis à l'épouse lors du mariage, ni aux enfants. L'épouse garde l'équivalent de son nom de jeune fille, et les enfants du couple recevront tous un «nom» et un «prénom» différents selon le bon vouloir de leurs parents. Ce qui fait la particularité du «nom» par rapport au «prénom», c'est qu'il fait toujours référence à Dieu (= Imana, en kirundi). Petits exemples: Ngendakumana = celui qui va vers Dieu; Nshimirimana = celui qui remercie Dieu, etc.

L'absence de transmission du nom a deux conséquences majeures. D'abord, ce phénomène pose de véritables problèmes de transmission patrimoniale, et rend impossible l'établissement du moindre arbre généalogique (sauf pour les lignées royales). Je crois bien que personne ne sait même ce que c'est! Par ailleurs, le choix des noms limite fortement leur diversité: il n'est pas rare d'avoir dans une même classe de 30 élèves trois au quatre Nshimirimana qui n'ont aucun lien de parenté, et moins surprenant encore de rencontrer deux élèves ayant les mêmes nom et prénom dans un amphithéâtre de 200 étudiants! Pour éviter les problèmes d'identification liés à cette faible variété, la carte d'identité burundaise (et tous les documents officiels) précise donc le nom du père et le nom de la mère.

A propos de carte d'identité, je fais un petit apparté hilarant sur les deux avant-dernières lignes, qui concernent l'état civil du détenteur:
  • avant- avant - dernière ligne: êtes-vous marié?
  • avant - dernière ligne: êtes-vous célibataire?
(je vous jure, ce n'est pas une blague!!)

Pour en revenir aux enfants, je me dois de confirmer un cliché bien ancré sur l'Afrique: oui, les Burundais ont beaucoup d'enfants. Une famille a en moyenne entre 7 et 9 enfants. Mais cette réalité est en train de changer: les nouvelles générations, surtout en ville, ne souhaitent plus avoir que 2 ou 3 enfants, afin de leur assurer un avenir décent. La transition démographique a bel et bien commencé au Burundi.

La diffusion progessive de la contraception, aujourd'hui encore très limitée, accélèrera sans doute le phénomène. En attendant, faute de contraception artificelle, les Burundais ont recours à des méthodes plutôt ... originales pour limiter les naissances. En effet, après l'accouchement, les époux peuvent rester jusqu'à plusieurs mois sans se voir, pour éviter une autre conception trop rapprochée de la précédente!! Une autre méthode consiste à allaiter son bébé pendant ... tenez-vous bien ... 2 ans minimum, et jusqu'à 5-6 ans dans certains cas! Oui, oui, c'est même recommandé par les médecins ... d'ici! Plus longtemps on allaite l'enfant, plus fort et intelligent il sera!

GETTING MARRIED IN BURUNDI

La dot de la petite soeur de Jean-Pierre a été l'occasion pour les dilettantes que nous sommes de découvrir quelques uns des petits secrets du mariage à la burundaise.

ETAPE 1: LA PRÉ-DOT.
Avant les cérémonies officielles, les deux familles se rencontrent informellement dans la maison de la future mariée. Auparavant, ce premier contact avait pour but de fixer le montant de la dot: la famille du gendre apportait une enveloppe contenant une certaine somme d'argent qui correspondait à 1/10 du montant total de la dot. Aujourd'hui, les fiancés se mettent souvent d'accord entre eux pour fixer ce montant, autrement dit le prix de la jeune fille.

Car, contrairement à notre tradition européenne, ici, comme dans la plupart des pays d'Afrique, c'est la famille du gendre qui verse de l'argent à la famille de la fille, pour compenser la perte. Plus une fille est belle et éduquée, plus elle vaut cher. Une dot, notamment à Bujumbura, peut s'élever jusqu'à 2-3000 dollars, voire plus! Imaginez pour le niveau de vie du Burundi! Pour vous donner une idée, nos gardiens sont touchent l'équivalent de 300 dollars par an. Auparavant, ce montant était acquitté en chèvres et en cadeaux plus au moins symboliques (des tissus, une houe, des machettes, un costume, etc.), mais aujourd'hui, les familles préfèrent souvent verser l'essentiel de la somme en liquide (la maison n'accepte plus les chèques, en raison des nombreuses fraudes!). Pour les Burundais, une occidentale est donc un don du ciel: c'est gratuit!

ÉTAPE 2: LA DOT
La cérémonie de la dot correspond peu ou proue aux fiançailles de chez nous: il s'agit basiquement de la première rencontre officielle entre les familles. Plantons d'abord le décor: une maison dont la cour a été transformée, l'espace d'une journée, en salle de spectacle, avec un parterre dans lequel prennent place les invités, et une scène qui acceuille les familles, les invités importants puis les fiancés. En matière de décoration, comme nous le savions déjà tous, le bon goût est une notion largement culturelle et qui fait rarement l'unanimité...: fleurs en plastiques, tableaux floraux et religieux fluorescents, guirelandes clignotantes, etc., aucun cliché n'a été épargné! Maman Forestier en aurait fait une attaque! En même temps, les fleurs en plastiques ont aussi des vertus pratiques dans ce pays chaud, où les fleurs naturelles attirent des insectes de toutes sortes et de toutes tailles!

Quant au cérémonial, c'est la famille de la bru qui accueille la famille du gendre, cette dernière ayant le devoir de se présenter les bras chargés de présents: des vivres stockés dans des paniers traditionnels en forme de quille, et évidemment les incontournables caisses de bière! C'est confirmé, le champagne burundais, c'est l'AMSTEL!

Après cette arrivée en grande pompe, commence le cérémonial proprement dit, qui consiste en une joute verbale entre pères et représentants des deux familles – pour que vous ne soyez pas trop surpris, je me dois de souligner que les discours ont une importance fondamentale dans les fêtes burundaises, même les plus informelles! Il s'agit en fait d'une sorte de jeu de rôle dans lequel le père de la fiancée prétend ne pas savoir pourquoi la famille du jeune homme est là et demande des explications. Le représentant de la famille du gendre explique alors qu'ils viennent pour la paix, l'union de deux familles, et surtout – admirez le sens burundais de la métaphore – pour venir chercher « une vache sans corne »! Toute une symbolique, car la vache a un rôle très particulier dans la société burundaise, elle fournit lait, viande et peau, elle est le présent du serviteur à son maître, la mère nourricière des orphelins. Le jeu continue et le père de la future mariée feint d'ignorer de quelle « fille-vache » il s'agit, il évoque ses autres « vaches » mais jamais la bonne. Le représentant de la famille du fiancé doit donc préciser le nom de la promise. Le père de la jeune fille rétorque alors qu'il lui est impossible de se séparer d'une « vache » si précieuse pour sa maison sans compensation. Il faut donc que le réprésentant de la famille du garçon s'engage à compenser cette perte pour que le père de la fille finisse par accepter de la donner en mariage et la fasse monter sur scène.

Puis, lorsque le fiancé est présent, après une embrassade très pudique, les fiancés s'échangent des cadeaux. Si le cadeau destiné au jeune homme n'obéit à aucune règle particulière, ce dernier offre souvent à sa douce une bague symbolique, qu'elle portera au majeur de la main gauche. Enfin les fiancés s'assoient face à l'assemblée, pour partager aux vues et aux sues de tout le monde leur « premier repas ». J'ai bien dit « si le fiancé est là », car avant, sa présence n'était pas requise. Ainsi, il arrivait souvent que les fiancés se rencontrent pour la première fois au moment du mariage, ce qui faisait dire aux gens d'ici que le mariage burundais, c'est un travail de mathématicien: on passe la nuit sur une inconnue!

ETAPE 3: LE MARIAGE
De cette étape, je ne connais que les prémisses, je vous en dirai après le 20 mars (mariage civil de la soeur de JP). Ce que je peux déjà vous dire, c'est que comme le Burundi est une république laïque, il existe comme chez nous un mariage civil – la polygamie est illégale, même si on peut toujours s'arranger! – et un mariage religieux. Le mariage civil a souvent lieu avant le religieux, notamment parce que le premier est soumis à moins de règles que le second. En effet, il est formellement interdit par l'Eglise burundaise de se marier enceinte – on ne sait jamais, il pourrait être d'un autre géniteur que le futur ami, ce qui conduirait à l'annulation du mariage, chose absolument inadmissible et pour l'Eglise catholique et pour la coutume burundaise.

Or il est très courant que les femmes tombent enceintes avant le mariage – phénomène que les Burundais, pourtant très pratiquants, justifient par la nécessité de vérifier la fertilité de leur future épouse avant de faire le grand saut! Il n'est donc pas rare qu'on s'arrange pour organiser le mariage civil avant la naissance – ainsi la future mère peut accoucher chez son mari, comme le veut la coutume, sans « vivre dans le péché » – puis qu'on célèbre le mariage religieux quelques mois après.

ETAPE 4: LA LEVÉE DU VOILE
Cette cérémonie, qui a généralement lieu le lendemain du mariage, a tendance à devenir de plus plus symbolique, en raison de ce que nous venons d'évoquer plus haut. Il s'agit en fait du moment où les tantes de la désormais jeune femme viennent récupérer le drap qui a accueilli les premiers ébats des jeunes mariés, afin de constater s'il a ou non été tâché de sang, autrement dit pour vérifier à posteriori que la bru était bien vierge et que le gendre a bien fait son boulot!

lundi 8 février 2010

STUDYING IN BURUNDI


Si je ne peux pas prendre l'Université de Ngozi comme exemple paradigmatique du système d'éducation supérieure au Burundi, je peux néanmoins en tirer quelques traits caractéristiques. Vous n'êtes pas sans savoir – et si vous l'ignoriez, maintenant vous le savez! – que l'Université de Ngozi (UNG) est la première université privée créée au Burundi et aussi la seule qui se trouve hors de la capitale. En effet, le pays compte aujourd'hui une quinzaine d'établissements d'éducation supérieure, tous situés à Bujumbura. Bonjour l'aménagement du territoire!

La jeunesse de ce réseau, à laquelle s'ajoute la faiblesse des salaires – notamment par rapport à ce qu'un diplômé de licence peut toucher en travaillant dans une Organisation ou une ONG internationale, explique en grande partie la carrence de professeurs qui touche le pays, surtout dans les campagnes (autrement dit, tout autre lieu que Bujumbura!). Les quelques profs qui exercent ici sont donc amenés à enseigner dans plusieurs universités à la fois. Lorsque toutes ces universités se trouvent au même endroit, pas de problème, mais que se passe-t-il lorsqu'il faut monter jusqu'à Ngozi, à deux heures et demi de route de Bujumbura, pour aller enseigner dans une université qui n'a pas les moyens de s'offrir un personnel permanent suffisant pour être totalement autonome? Et bien on s'arrange comme on peut! Comme les professeurs visiteurs doivent prendre des congés pour venir ici et sont alors logés et nourris au frais de l'université, les activités des professeurs permanents sont suspendues afin que les premiers puissent donner leur cours de 45 ou 60, voire 90h en 10 à 20 jours, à raison de 8h par jour, les WE et jours fériés compris!

A cause de ce rythme et de ces interruptions perpétuelles, même les professeurs permanents en sont réduit à donner leurs cours dans ces conditions. Heureusement, parce que nous avons un doyen compréhensif, nous avons négocié de n'avoir que quatre heures de cours par jour, pour étaler un peu la période d'apprentissage.

Un rythme effréné pour les étudiants qui, au terme du cours, passeront un premier examen (session partielle ou 1ère session) puis, s'ils ont échoué (note inférieure à 12, rares sont donc les élèves qui valident leur matière du premier coup), un second (session spéciale ou 2e session – qui consiste souvent à refaire le premier examen!), et n'entendront plus parler de ce cours jusqu'à la fin de l'année académique.

En parlant d'année académique, ici elle n'est pas fixe, sauf pour les premières années qui commencent les cours entre les mois de novembre et de décembre, après l'examen d'Etat (l'équivalent du bac) qui a lieu en septembre. Pour les autres, la nouvelle année commence lorsque la précédente prend fin, souvent après deux semaines de coupure pour laisser le temps aux commissions de passage de délibérer. Autrement dit, une année académique au Burundi ne dure pas nécessairement 12 mois: la licence, qui s'effectue normalement en 4 ans – du moins jusqu'à l'année prochaine où la réforme LMD devrait être lancée, peut parfois durer 5 à 6 ans! Cela signifie aussi qu'ici, pas de vacances, en tout cas planifiées: les étudiants ont connaissance de leur emploi du temps d'une semaine sur l'autre, en fonction des professeurs visiteurs disponibles, des professeurs permanents en congés ou non, et des périodes calmes, où ils peuvent s'octroyer quelques jours de vacances improvisées, souvent dédiées à un petit boulot pour financer leur minerval (leurs frais de scolarité).

Quant au niveau des étudiants, il est extrêmement hétérogène, il dépend essentiellement de la qualité du lycée dans lequel ils ont étudié, et cette qualité varie énormément entre les lycées communaux, les lycées privés catholiques et les lycées islamiques (comibu), etc. – ces derniers bénéficient en effet d'une meilleure qualité d'enseignement que la moyenne des établissements secondaires burundais grâce au soutien financier et logistique des pays du Golfe. Il me semble que la difficulté principale réside en fait dans la maîtrise du français qui, bien qu'il soit imposé comme langue d'apprentissage, n'est pas leur langue maternelle. Il est déjà compliqué de suivre un cours de biochimie, alors quand c'est dans une autre langue que la sienne... Pour le cas du département de traduction et d'interprétation dans lequel je travaille, le problème est bien plus grave: entre version et thème anglais-français, rien n'a de sens, puisque le français comme l'anglais sont des langues étrangères (« venues par avion ») pour les élèves. Mes cours de traduction consistent donc autant à leur apprendre à comprendre l'anglais qu'à bien s'exprimer en français! Et ce n'est pas une mince affaire!
 

jeudi 28 janvier 2010

NGOZI'S ANATOMY S01E03: LE COQ EST MORT!


Les fêtes de Noël amènent leur lot de nouvelles aventures. Il y a quelques semaines, une nouvelle collocataire est venue s'installer à la maison: elle s'appelle Carolina, elle est colombienne et travaille aussi à l'université. Le trio, devenu quatuor l'espace de quelques semaines, s'apprêtent donc à fêter dignement le passage à la nouvelle année. Les collocs ont organisé avec leurs collègues de l'université le jeu de l'ami invisible, qui a rencontré un franc succès et leur a vallu le titre de G.O. officiels de l'uni. Puis est venu l'incontournable repas de Noël, autour de la dépouille de Francesco le coq, qui s'est avéré être aussi revêche mort que vif! En effet, l'inoffensif animal de compagnie s'est révélé être une bestiole sociopathe totalement insomniaque, chantant à toute heure du jour et surtout de la nuit, se ruant dans le lit de Maria à la moindre occasion et prêt à dévorer jusqu'aux vitres de la maison!


A l'occasion de ce dîner, une amie espagnole de la colloc, Elena, est venue se joindre à la joyeuse petite troupe. La belle, qui venait d'éconduire son prétendant burundais d'un mois, avait grandement besoin de réconfort. Un réconfort qu'elle a inespéremment trouvé dans les bras de Saidi, un ami congolais de Maria, des plus charmants, même si un peu maladroit avec les filles! Les suites de ce début de romance se révèlent un peu cahotiques, mais Maria veille au grain et fait de son mieux pour réunir les deux tourtereaux.


Puis est venu le temps des départs - temporaires pour les vacances pour Laura et Maria, définitif (en tout cas, c'est ce que tout le monde croyait!) pour Maxi - sauf pour Carolina qui reste seule à Ngozi pour les fêtes. Les coeurs de Laura et Maxi débordent évidemment de chagrin, mais heureusement, ils ont prévu de se voir à Madrid début janvier, juste avant le retour de Laura à Ngozi. Leurs retrouvailles au coeur de la capitale espagnole ont sans doute contribué à les conforter dans leurs sentiments puisque Maxi, après moult tergiversations, s'est enfin décidé à revenir lui aussi à Ngozi, pour 4 mois de plus, arrivée prévue le 15 février! La maisonnée, devenue exclusivement féminine, se réjouit de cette nouvelle! Amidou en revanche, qui pensait pouvoir tenter à nouveau sa chance avec la belle Laura après le départ de Maxi, a encore dû se faire une raison, la muzungu kazi mwiza (la belle blanche) n'est décidemment pas pour lui.


En attendant l'arrivée de Maxi, les filles, de retour au bercaille, ont repris les cours. Cette rentrée a été ponctuée par une invitation à la dot de la soeur de Jean-Pierre, splendide fête, où nos 3 compères, une fois encore accompagnées de la douce Elena, ont fait sensation parées du traditionnel imvutano! La pauvre Laura, pour avoir couru pendant la réception avec son vêtement de fête, s'est vu répété 34 fois le lundi matin à l'université qu'on ne court pas avec un imvutano!


La relation d'amitié entre Laura et Amidou est-elle menacée par le retour de Maxi? Comment se passera le retour de ce dernier, désormais perdu au milieu de 3 collocataires au sacré caractère? L'histoire entre Saidi et Elena prendra-t-elle une nouvelle tournure? Carolina se lancera-t-elle a la conquête des « merveilles culturelles » du Burundi et se dégotera-t-elle « un amante tinieblo » comme le lui suggère insistamment Laura? Vous le saurez en lisant le prochain épisode de Ngozi's Anatomy!