vendredi 29 octobre 2010

BEING TWA, HUTU OR TUTSI IN BURUNDI


En vertu des accords d'Arusha et depuis la fin de la crise, toute référence à l'éthnie est interdite en politique au Burundi. Bien sûr, les grands partis historiques (UPRONA – ancien parti unique tutsi, FRODEBU – parti hutu du premier président démocratiquement élu en 1993 et dont l'assassinat a déclenché la guerre civile) n'ont pas balayé leurs fondements éthniques et claniques du jour au lendemain. Les partis issus de la crise burundaise, autrement dit les anciennes milices hutues rebelles (CNDD-FDD – parti actuellement au pouvoir, FLN – anciennement PALIPEHUTU et dernier groupe rebel à déposer les armes en 2009), devenues partis politiques avec la fin de la guerre, non plus. Seuls les deux grands partis politiques nés après 2005 (UPD – né d'une scission avec le CNDD-FDD et qui réunit l'essentiel des musulmans burundais, MSD – parti de l'intelligenstia urbaine) échappent un peu à ce schéma éthnique.

Cela étant, les discours officiels ont progressivement réussi à gommer ces fondements éthniques, et à recentrer le découpage des partis sur d'autres intérêts fédérateurs (la religion, urbain-rural, commerçants-paysans, sud-nord, ect.). Aujourd'hui, je crois que l'on peut dire sans se tromper que l'éthnie n'est plus un thème politique mobilisateur. De fait, l'existence de quotas éthniques au parlement (40% tutsi, 60% hutu, 3 sièges pour les twas), au gouvernement, à la présidence (le vice-président doit être d'une autre éthnie que celle du président), et surtout dans l'armée, sont les seules marques encore visibles de la distinction éthnique en politique. Ces quotas font que les hommes de pouvoir continuent discrètement à se chamailler pour des raisons prétendument éthniques qui ont cessé d'intéresser le reste de la population. C'est pourquoi il est à croire que le Burundi, contrairement à son voisin rwandais, échappera désormais aux conflits internes de nature éthnique. L'éclatement de conflits ouverts entre certains partis politiques, issus de la même majorité éthnique, sont bien plus à craindre.

Peut-on pour autant, comme je l'ai cru au début, penser que l'éthnie n'a plus de sens aujourd'hui au Burundi ? Je crois pouvoir dire que non. Si la distinction traditionnelle entre bahutus (agriculteurs), batutsis (éleveurs – familles royales) et batwas (cueilleurs et chasseurs), qu'a dangeureusement perverti la colonisation belge, n'a plus cours aujourd'hui, certaines caractéristiques attribuées à l'éthnie continuent à faire l'objet de remarques et de blagues qui dissimulent mal une différenciation sociale persistante.

Les batwas (cousins des pygmées) sont l'illustration la plus évidente dans la société burundaise contemporaine d'une inégalité sociale fondée sur l'éthnie. Représentant environ 1% de la population, cette minorité éthnique reste durement marginalisée, bien qu'elle compte depuis peu quelques représentants au parlement. Vivant essentiellement de la fabrication de poterie, cette éthnie continue à être stigmatisée et vit souvent dans des conditions d'extrême pauvreté.

La différencition sociale entre hutus et tustis est, il est vrai, beaucoup plus difficile à saisir. En effet, aujourd'hui, les deux éthnies se partagent le pouvoir politique et économique, même s'il semble que ce partage ne soit pas tout à fait équitable. De fait, on trouve proportionnellement plus de tutsis que de hutus à des postes à responsabilité (rappelons que les tusis représentent environ 20% de la population, contre 80% pour les hutus), tant dans le secteur privé que dans le public. Mais la véritable inégalité se situe beaucoup plus bas dans l'échelle sociale. C'est une question anodine à des amis qui m'en a fait prendre conscience : très rares sont les domestiques tutsis, et un hutu, aussi riche et respectable soit-il, ne pourra jamais faire travailler un domestique tusti chez lui. La déférence des hutus vis-à-vis des tutsis reste une réalité dans le Burundi contemporain.

Un autre exemple en est cette plaisanterie entre deux amis, entendue il y a quelques semaines : « vous les tustis, vous avez le don de voler discrètement ! Vous faites évaluer les biens publics en dissimulant ce que vous voulez vous appropriez, et vous vous remplissez ainsi les poches ni vu ni connu ! Tandis que nous, les hutus, nous volons franchement, aux vues et aux sues de tout le monde. Dès qu'il y a quelque chose à voler, on saute dessus, sans réfléchir ». Je sais que cette blague a l'air anodin, qu'elle renvoie à l'histoire politique du pays. Mais son ironie ne doit pas faire oublier qu'elle reflète aussi le sentiment ambigü de rejet-admiration des hutus vis-à-vis de l'ancienne éthnie dominante. En parallèle, le sentiment de cette supériorité et autorité naturelle perdure souvent dans la conscience des tutsis, aussi ouverts et humbles soient-ils. Ce qui m'amène à conclure que la distinction éthnique, non créée mais viciée par le colonisateur, non totalement gommée mais rapportée à la seule sphère sociale par les autorités élues depuis 2005, est amenée à rester une donnée indispendable pour comprendre la structuration de la société burundaise.

mardi 12 octobre 2010

EATING AND DRINKING IN BURUNDI

Il faut bien avouer que, si la qualité des produits est incontestable, la gastronomie burundaise reste pourtant limitée. Votre premier contact avec la nourriture burundaise commence avec les petits encas vendus dans la rue par de jeunes garçons en gueunilles, qui portent élégamment leur plateau ou leur bassine sur la tête. Vous pourrez ainsi caler les petites faims avec des arachides (cacahuètes grillées, mais non salées, un délice!), des samboussas de pommes de terre ou de viande(qui sont des samosas en fait ; attention : ceux de pommes de terre sont souvent très chargés en pili pili!), ou des oeufs durs.

Pour une cuisine un peu plus consistante, tournons-nous vers les haricots (ibiharage) et la banane verte (ibitoke) parfois mélangée à des spaghettis. Il faut y ajouter du riz, souvent importé de Tanzanie. On prépare aussi de la verdure : de l'isombe (feuilles de manioc pilées, bon courage pour piler ça chez soi!) et un de mes plats préférés, qui me coûte 4 heures de cuisine à chaque fois, les ilengalenga. Cette sorte d'amarantes (cousines des épinards) se dégustent avec une sauce tomates-oignons-farine d'arachide qui en révèle toute la saveur. Certains d'entre vous ont eu l'insigne privilège de goûter à ce plat cet été, à mon retour en France, et ont semblé apprécié ! Tous ces plats très « typiques » de la cuisine paysanne burundaise se savourent aisément dans les petits restaurants que l'on trouve presqu'à tous les coins de rue, qui fonctionnement comme des cantines, et qui vous remplissent le ventre en 10 min pour la modique somme de 800 Fbu (0,50€). Attention : ces restaurants servent rarement de l'alcool.

Ces petites cantines servent aussi de la viande en sauce. De fait, il faut dire qu'ici, le steak n'est pas tout à fait une spécialité, la viande étant souvent totalement saignée. On mange donc du boeuf ou de la chèvre bouilli(e) puis frit(e) puis recuit(e) dans sa sauce. Autant vous dire qu'avec cette complexe préparation, ce n'est pas ce que je me cuisine tous les jours !

On peut aussi déguster ces viandes en brochettes, nomales ou mixtes (avec viande et foie ou rogons), simples ou accompagnées de frites de pommes de terre ou de bananes, le tout arrosé d'une bonne primus ou d'une amstel tiède. Ce rendez-vous incontournable de la sociabilité burundaise se déroule dans les fameux cabarets (vous vous rappeler sans doute de Chez Priscille!), qui se résument souvent à quelques tabourets installés devant un contener face au cadavre pendu de la chèvre que vous êtes en train de déguster, miam !

En zone rurale, ces cabarets sont plus rustiques et ne vous servent souvent que quelques primus chaudes mais surtout de la bière de banane (urwawa) ou de sorgho (sorte de bouillie, plus ancienne que celle de banane, mais un peu indigeste). Il faut bien dire que la bière au Burundi, sous toutes ses formes, est sans conteste l'équivalent du vin en France : un véritable emblème national! En effet, vous remarquerez sans doute que toutes les maisons de la campagne burundaise sont signalées par une ceinture de bananiers. Si l'usage de ces bananes pour la nourriture est fort probable, leur contribution à la fabrication de la bière de banane est, elle, incontestable. L'impact de la consommation d'alcool sur l'alcoolisme chronique, la paupérisation des ménages et les violences domestiques aussi, malheureusement.

Pour une cuisine un « peu » plus élaborée, surtout musulmane en fait, il faut chercher vers le pilau, cette préparation à base de riz aux épices et de viande. Enfin si vous avez un peu de patience et que vous êtes prêts à attendre entre 45 min. et 1h30, n'hésitez pas à vous diriger vers des restaurants un peu plus standings, où l'on prépare du ragout de chèvre, des demi-poulets aux sauces variées, des omelettes (qu'il n'est pas rare de voir écrit « omerettes » en raison de la confusion systématique en kirundi entre le [l] et le [r]; essayez donc avec « élections »!), et surtout les poissons du lac Tanganyika ! Au menu, mukeke grillé ou sangala en sauce (poivre vert ou noir, champigons-crème, poireaux-crème, etc.) : un délice ! Vous arroserez le tout de bière (seulement si le restaurant n'est pas musulman), de sodas et de fruito (jus de passion ou d'ananas) mais ne comptez pas trop sur le vin!

Si ces délices de la gastronomie burundaise ne vous satisfont pas, vous trouverez quelques restaurants chinois, italiens, indiens, français, ethiopiens, etc. mais seulement à Bujumbura.

mardi 27 juillet 2010

BEING RELIGIOUS IN BURUNDI


J'étais prévenue avant de partir: l'Église en Afrique, c'est … différent. On a du mal à imaginer le pouvoir et la richesse extravagante de l'institution catholique dans le 5ème pays le plus pauvre du monde.

Ici, rien ou presque ne se fait sans l'accord de l'évêque du diocèse. Les prêtres, toujours de costumes vétus, se promènent en 4x4 dans les rues poussièreuses des villages, et délivrent des serments sur l'ascèse et l'abstinence au bras de leur(s) maîtresse(s), à qui il n'est pas rare qu'ils aient fait quelques enfants. Les religieuses étudient en proportion 10 ou 12 fois plus que les filles burundaises laïques. Si la caricature est un peu excessive, elle n'est pas si éloignée de la réalite. Le sacerdoce ici est vécu comme une véritable ascension sociale, dont il est difficile de ne pas profiter.

Comment l'Église fait-elle pour être si aisée ? Et bien figurez-vous qu'en plus des indemnités versées à chaque service rendu par l'Église (messe de neuvaine, mariage, etc.), les burudais paient encore la dîme, cet impôt annuel à l'Église. Son montant n'est pas très élevé – quelques milliers de francs par an – et proportionnel à l'âge. Cela dit, si vous n'êtes pas à jour dans vos versements, impossible de demander quoi que ce soit à l'Église : vous ne pourrez ni faire votre communion solennelle ni vous marrier religieusement. De quoi s'assurer que les mauvais payeurs ne profitent pas gratuitement des bons offices de l'institution !

A cette recette de taille, s'ajoute aussi celle de la quête, apportée individuellement à l'autel lors de la messe. Enfin, il faut souligner que l'Église catholique, commes toutes les autres institutions religieuses d'ailleurs, ne paie pas d'impôts, alors même qu'elle dispose d'un patrimoine foncier et immobilier colossal.

Même si les burundais restent encore majoritairement catholiques, la concurrence des protestants « born again » s'est faite très rude, surtout depuis la crise de 1993. Les églises pullulent et réveillent tout le village le dimanche à partir de 6h du matin au son des chants religieux. Une amie de Gitega a eu le malheur d'atterrir dans une maison contigüe à une église protestante, et le dimanche matin, on a vraiment l'impression que le pasteur prêche dans son salon! Cette propagation du protestantisme charismatique en provenance des États-unis s'accompagne aussi d'un regain de ferveur religieuse, surtout chez les jeunes, tous très pieux, peut-être trop..., occupant leur week-end en prière et en gospel. Cette vigueur omniprésente de la religion a parfois des conséquences que personnellement, je juge graves, telles la diffusion d'idées créationnistes qui font dire à certains de mes étudiants, à l'occasion d'un débat sur l'émancipation de la femme, que cette dernière est forcément la subalterne de l'homme puisqu'Eve est sortie de la côte d'Adam! Ne riez pas, ce débat nous a occupé une bonne demi-heure !

Quant aux musulmans, dont les hurlements du muezzin 5 fois par jour n'ont pas l'air de déranger les passants de toutes les autres confessions, ils pratiquent une religion que l'on pourrait qualifier d' « adaptée » : en effet, ici, beaucoup de cabarets se vident au moment du ramadan et certains préfèrent même fermer en attendant que la clientèle revienne après l'Eïd-Fitri. Le plus insolite, c'est la cohabitation entre les commerçantes du marché disparaissant sous leur niqab et les musulmanes voilées au bras nus!

Je dois terminer ce post en vous expliquant que parler de religion au Burundi, c'est comme parler de haricots: c'est quelques chose que tout le monde partage. Pas de place pour les athées dans ce pays, la ferveur religieuse y est  presque un élément de "l'identité nationale", si on me permet cet emprunt à notre cher Nicolas!

jeudi 8 juillet 2010

BEING MURUNDI IN BURUNDI

Les Barundis (pluriel de (u)murundi), ce sont les Burundais ! Un peuple dont je vous ai encore peu parlé finalement. Laissez-moi commencer par les burudaises, qui ont totalement dissipé mes clichés sur les africaines, toujours apprêtées, aux mille coiffures et aux bijoux rutilants. En effet, la majorité des burundaises – qui sont des paysannes, il ne faut pas l'oublier – sont très peu soignées. Souvent vêtues d'un pagne aux couleurs vives (pas en feuilles de bananes, hein ! en tissu quand même!) et d'un polo ou t-shirt déformé par les têtées, sans soutien-gorge (pour le reste, je me suis posé la question, mais je vous rassure, je n'ai pas été voir!), pieds nus ou avec des tongs en plastique (ici appelées des babouches, allez comprendre!) qui ne protègent nullement leurs pieds de la boue pendant la saison des pluies ou de la poussière pendant la saison sèche, portant les cheveux courts sans rajouts ni tresses, les burundaises auraient presque l'air de garçons manqués! Cela est particulièrement vrai lorsqu'elles sont jeunes, et alors presque filiformes. Les femmes de la ville font bien plus attention à elles, même si celles qui se maquillent peuvent se compter sur les doigts d'une seule main. Elles deviennent surtout visiblement plus grosses lorsqu'elles se marient et deviennent mères.

Mais ce que toutes ces femmes burundaises ont en commun, c'est le sens de la déférence à l'égard des hommes. La culture burundaise intime à ses filles de ne jamais soutenir le regard de personne, et surtout pas d'un homme, et à se faire la plus discrète possible. Imaginez comme il m'est difficile d'enseigner l'interprétation dans ces conditions! Les hommes disent aussi d'elles qu'elles sont vénales, et qu'un garçon sans le sou n'a aucune chance de pouvoir approcher une fille. J'avoue que de ce côté-là, je n'ai pas encore pu me faire mon opinion, même si je fais toujours naturellement plus confiance à la bonté des femmes qu'aux critiques des hommes ;-).

Les burundais quant à eux pourraient se classer en deux grandes catégories : les hommes en chaussures de ville – toujours impeccables, même si un peu trop pointues à mon goût, avec le costume qui va avec, souvent 3 pièces, même pour les tout petits garçons les jours de fête !, - et les hommes en babouches – j'aurais pu dire les « vas-nus-pieds », mais en écrivant, je me rends compte que les hommes sont beaucoup moins souvent pieds nus que les femmes. Ces derniers – les hommes en babouches – sont souvent vêtus de guenilles sans âge et sans forme. Cela dit, je trouve que les burundais ont souvent de beaux visages, avec des traits assez fins, en tout cas plus harmonieux que ceux des femmes.

Ces hommes, qui tiennent les rênes de la société burundaise, n'en demeurent pas moins d'un tempérament assez calme et tranquille, en tout cas jamais provocant. Les burundais détestent le conflit et le fuient autant que possible, quite à faire preuve d'une hyprocrisie flagrante. Seuls les gens sans éducation ou ivres font des scandales, pas les burundais dignes de ce nom.

Voilà, j'espère avoir pu vous donner une petite idée de ce que peut être ce peuple divers, discret et pourtant si accueillant!

mardi 1 juin 2010

NGOZI'S ANATOMY E06S01: UN JOLI MOIS DE MAI

La maison des Bazungu a encore été bien animée ce mois-ci. Après le retour de Laura et Maxi de Zanzibar, en compagnie de José, un ami espagnol de Maxi venu travaillé à l'université pendant un mois, deux amis de Laura sont venus rendre visite aux collocs pendant deux semaines, hispanicisant encore un peu plus la maison! Laura et Maxi profitent largement de cette visite pour se ballader encore un peu au Burundi, tandis que Maria s'adonne à son travail avec ferveur.


En effet, avec le début des cours de traductologie et d'interprétation consécutive, la tâche a été rude! La pauvre historienne a dû se frotter à des disciplines presque totalement inconnues et bâtir des cours qui tenaient la route. Le résultat n'est pas si mal, aux dires de ses étudiants, et Maria en est autant satisfaite que soulagée! En plus des cours, un petit projet de quizz de culture générale pour les étudiants a pas mal occupé Maria ces dernières semaines. L'initative, organisée avec ses amis de l'université – Amidou, Jean-Pierre, Trésor et Pascal – a été un petit succès, avec 12 participants, une dizaine de lots distribués et un public peu nombreux mais totalement conquis. Le club nouvellement formé Ubumenyi (« connaissance » en kirundi) espère que le prochaine édition des « Génies en herbe », prévue fin juillet, surpassera la 1ère!


Malgré son travail, la petite française trouve quand même le temps d'aller faire quelques excursions dans le pays avec ces amis de Bujumbura et de Gitega. Une bonne petite équipe, qui s'est offert un séjour de 4 jours dans le sud à l'occasion de l'Ascension et de quelques anniversaires à fêter! Prochaine destination: Mwanza, en Tanzanie, au bord du Lac Victoria, du 9 au 13 juin, histoire de prendre quelques jours de vacances entre filles avec Clémence et Valentine.

Pendant ce temps-là, « la maison des animaux à l'agonie » s'était momentanément transformée en havre de paix pour ce bon Frederico  (le canard, vous vous souvenez) qui en a profité pour prendre quelques kilos! Mais ce moment d'accalmie a été de courte durée. En effet, la visite éclair d'une Viernes 2, une belle chèvre noire tachetée de blanc, a ranimé l'instinct carnivore de la maisonnée. La pauvre bête a ainsi été goulûment dévorée en brochettes à l'occasion d'un vendredi de fête durant lequel Amidou a célébré l'obtention d'une bourse du gouvernement espagnol pour aller étudier un mois à Valence cet été. Puis, à l'approche du départ de Maxi (le 7 juin) et de Laura (le 22 juin), la pression sur ce pauvre Frederico, dont la destinée était de finir en magret pour le bonheur des collocs, s'est faite telle que la végétarienne de la bande a finalement décidé de kidnapper l'animal pour lui éviter la casserole! Voilà donc la maison à nouveau vide de toute vie animale, exception faite d'une nouvelle petite souris qui a montré le bout de son nez il y a quelques semaines et qui a jusqu'à présent réussi à échapper à la tapette gracieusement installée à son intention.

Frederico refera-t-il une apparition avant le départ de Maxi, José et Laura? La Tanzanie sera-t-elle une nouvelle révélation paysagère pour Maria? Comment vivra-t-elle le prochain départ de ses collocs et le vide qu'ils laisseront à la maison? Vous le saurez en lisant le prochain épisode de Ngozi's Anatomy!

dimanche 16 mai 2010

BEING A VOLUNTEER IN BURUNDI

Mon cas est un peu particulier. J'ai passé 25 ans de ma vie dans la même ville (ou presque): j'y ai établi une immense partie de mon réseau socio-affectif, j'y ai réglé mon rythme de vie, j'y ai construit mon identité socio-intellectuelle, bref j'y avais fait mon trou. Et voilà qu'un beau matin, je décide de partir en coopé, pour 2 ans, loin de tout ça. A posteriori, je ne sais pas si je me rendais bien compte de tout ce à quoi cela m'engageait.

Voilà le 1er bilan que je peux tirer après 7 mois à Ngozi. On peut faire son trou partout, il suffit de faire preuve d'un peu de bonne volonté et de beaucoup de culot, on trouve forcément au moins une personne, souvent plus, qui se porte inconsciemment volontaire pour nous servir de nouveau repère affectif. Je n'échappe pas à la règle: au-delà de la relation plutôt chaleureuse que j'entretiens avec mes collègues, je crois pouvoir dire que je me suis fait quelques amis ici, de vrais amis. Ce petit monde me plaît, je me suis laissée intégrer à l'équilibre des forces qui le régissent et je m'y sens enfin non indispensable mais irremplaçable. J'y ai reconstruit un réseau, un rythme de vie, une identité, bref un petit trou.

Comme dans le trou pécédent, il y a ici des choses que me font vibrer, des gens, des évènements, des sentiments dont je sens qu'ils sont fondamentaux dans ma vie. Qui me connait un peu sait que c'est le genre de choses que j'ai du mal à garder pour moi et que j'ai plutôt une envie débordante de partager avec ceux que j'aime.

C'est alors que le Burundi me paraît si loin, ou la France, je ne sais pas trop. Ce n'est pas l'impression d'avoir radicalement changé ou de mener une double vie. Non, c'est plutôt le sentiment de vivre deux vies distinctes, presque complètement imperméables l'une à l'autre. Cette sensation, dont je m'accommode la plupart du temps, devient parfois infiniment frustrante quand je réalise que cette étanchéité est partie pour durer.

Enfin il existe bien une sorte de solution qui, à défaut d'effacer durablement la distance, pourrait la réduire temporairement. Je sais que ce n'est pas facile de trouver le bon moment, que la saison climatique et politique n'est pas très favorable en ce moment, que c'est coûteux et peu accessible, que ce n'est pas forcément aussi excitant que la Chine ou la Réunion au premier abord, etc., mais je rêve de vous faire découvrir ce pays, ces gens, ces émotions qui constituent une partie de ma vie que les mots, les mails et les billets sur ce blog ne vous font qu'apercevoir. J'aimerais tant que mes amis d'ici vous connaissent aussi et mettent des visages et des sourires sur les noms que je ne cesse de leur rabacher. En un mot, je souhaiterais que ces deux rives d'un même fleuve se rapprochent un peu...

jeudi 8 avril 2010

NGOZI'S ANATOMY E05S01 – KARIBOU

La collocation est tout en émoi après ces dernières semaines. Après le départ de Saïdi, c'est Elena qui a quitté le Burundi pour la RDC, en laissant la pauvre Laura sans sa compagne catalane préférée. Heureusement, la tristesse de ces départs a finalement été apaisée par plusieurs arrivées. D'abord celle de Federico, le nouveau canard domestique de la maison! Mais tandis que Laura s'était démené pour trouver ce petit cadeau pour Maxi, l'adorable canneton a fait fausse compagnie à ses nouveaux propriétaires trois jours après son arrivée. Par bonheur, une voisine a permis la réapparition miraculeuse de l'animal, venu se réfugier chez elle. Depuis, Federico a fait son trou à la maison, où il est traité comme un coq-en-pâte!

La maisonnée a aussi accueilli pendant quelques jours le chargé de mission de la DCC, Marc, venu observer l'intégration personnelle et professionnelle de Maria et Carolina dans dans leur nouvel environnement. Doué d'un grand sens de l'écoute et d'un encore plus grand sens de l'humour, Marc a su aider chacune à faire le point, après ces déjà presque 6 mois de volontariat!

Trois semaines plus tard, une seconde visite a bouleversé pendant une semaine les habitudes de la collocation: celle de la famille de Laura, chargés de 10kg de jambon, chorizo, chocolat et autres gourmandises qui ont fait le bonheur des collocs! Les parents semblent avoir beaucoup apprécié leur séjour et se sont réjouis de voir leur petite fille entre les bonnes mains de Maxi, qui a rapidement été invité à leur rendre visite cet été! Pas si sûr que la parfait amour que Laura et Maxi filent au Burundi ne soit que de circonstance!

Enfin, une autre arrivée tant attendue a mis Maria dans tous ces états: celle du petit Michelange, 2,5kg, premier neveu de Jean-Pierre. Elle qui s'attristait de ne pas pouvoir garder les bébés des copains et cousins récemment nés en France, la voilà toute excitée à l'idée des heures de baby-sitting que cette naissance lui promet. Cet heureux évènement, auquel se sont ajoutés l'anniversaire d'Amidou (24 ans) – l'occasion pour Amidou d'officialiser son amour pour la belle Jeanne (surnommée la préférée) – et le premier séjour à Bujumbura d'Amidou et Jean-Pierre avec le trio bazungu – l'occasion pour Jean-Pierre de montrer à ses amis la maison où il a grandi – ont permis à Maria de traverser sans trop de difficultés son premier petit coup de déprime depuis son arrivée.

En effet, l'accumulation de fatigue, du cours d'anglais peu satisfaisant qu'elle donne en ce moment, de petites tensions au sein de la colloc, et du manque des amis et de la famille, ont fait que les deux dernières semaines n'ont pas été simples pour la petite française. Mais grâce au coup de pouce de Jean-Pierre et des copains de Bujumbura et Gitega qui l'ont emmenée en WE au milieu des collines de thé du Nord pour lui changer les idées, le coup de blues de Maria est vite passé! Ouf!

Federico survivra-t-il plus longtemps que ses prédécesseurs dans la « maison des animaux à l'agonie »? Maria deviendra-t-elle la baby-sitter la plus convoitée de Ngozi? Le prochain voyage de Maxi et Laura à Zanzibar renforcera-t-il encore leurs sentiments? Les visites attendues de José, ami de Maxi, et de Marina, amie de Laura, bouleverseront-elles la vie de la colloc? Vous le saurez en lisant le prochain épisode de Ngozi's Anatomy.