lundi 9 novembre 2009

BE A LADY IN BURUNDI

Depuis quelques semaines, je me pose souvent la question: fait-il bon ou non être une femme au Burundi? Cette question ne me concerne pas directement car avant d'être femme, je suis d'abord muzungu ici, ce qui me met naturellement à l'écart des contraintes sociales applicables aux femmes burundaises. C'est la loi de la double morale. On emmène les bazungu dans des endroits (notamment en boîte, où il y a 5 filles pour 60 garçons) où l'on emmènerait jamais sa soeur.

Bien sûr, comme me le faisait remarquer le père d'un ami, ici une femme peut étudier, et retrouver ses amis, y compris hommes, dans un cabaret pour partager une bière, à l'inverse de ce qui se passe dans certains autres pays. De fait, les burundaises sont relativement libres de leurs mouvements (avant 20h), beaucoup tiennent des commerces, certaines des cabarets – notamment Persil (oui, oui, c'est bien son nom!), la tollière de notre bar péféré, qui fait les meilleurs brochettes de chèvre de Ngozi! Elles travaillent en réalité plus que les hommes, car en plus de leur activité lucrative quand elles en ont une, ce sont elles qui tiennent le foyer. En effet, dans la culture burundaise, comme dans beaucoup de cultures africaines, la maison est le domaine du féminin. L'homme y est comme un visiteur: autrement dit, il n'y fait rien, surtout pas la cuisine! Même si l'on croise souvent des hommes qui aident leur épouse à éplucher les pommes de terre ou écosser les haricots, cela se passe toujours en dehors des 4 murs de la maison.

D'un point de vue social, les femmes n'ont en général pas de statut propre, elles héritent de celui de leur père puis de leur mari. Car ici la question ne se pose pas: une femme sans mari, c'est une femme dont personne ne veut. Donc toutes les femmes descentes doivent se marier, au risque de tomber dans la prostitution. Pour être juste, il faut quand même dire qu'un homme seul est aussi assez mal vu, même s'il est facilement admis qu'il se marie tard, surtout lorsqu'il est instruit. En revanche, l'égalité s'arrête lorsqu'il s'agit d'adultère: si l'infidélité de l'homme, très fréquente, est plus que tolérée, celle de la femme est évidemment inacceptable. Le simple fait, pour une femme , même simplement en couple, de prendre un verre seule avec un autre homme que son conjoint, est inimaginable.

Ce statut socialement inférieur est confirmé par la législation: non seulement il est tout à fait normal que les filles n'héritent rien de leur père, puisqu'elles bénéficieront des biens hérités par leur mari, mais elles n'ont surtout pas d'autorité parentale sur leurs enfants, et n'ont pas non plus le droit à l'initiative pour demander le divorce. Enfin, le catholicisme faisant loi au Burundi, l'avortement est évidemment interdit (comme dans 95% des pays du monde en même temps) et passible d'une peine de prison.

Mais le plus déroutant dans tout cela, c'est que les femmes burundaises, exception faite de celles qui ont étudié, semblent se satisfaire de leur sort. Pour la non-féministe peu convaincue que je suis, cela pose évidemment un certain nombre de questions: ces femmes sont-elles bien conscientes de leurs droits? Si non, cherchent-elles à les connaître et à les faire valoir? Si oui, refusent-elles sciemment l'indépendance? Les hommes, en tout cas, défendent l'idée que leurs femmes sont libres dans la mesure de leurs capacités, et demandent souvent: « plus de liberté pour les femmes, pour faire quoi? ».

De fait, je crois que très peu de femmes burundaises souhaitent pouvoir vivre sans mari. Pour tous les Burundais, la famille est l'élément central de la vie social, même si les relations en son sein n'y sont pas toujours très affectueuses. Mais c'est surtout l'espace de reconnaissance sociale attitré de la femme. En effet, ici la valeur d'une femme se mesure souvent au nombre et à la qualité des enfants qu'elle aura mis au monde. C'est une des raisons, avec son coût exhorbitant et sa faible disponibilité, qui expliquent que la contraception peine à s'installer dans les moeurs. De fait, si une femme n'a pas donné un enfant à son mari dans la première année de son mariage, il est de coutume que la belle-mère s'en mêle et vienne abreuver sa bru de conseils avisés! De même, lorsque l'on recontre des familles de moins de 4 enfants ou moins, il est très probable que l'un des deux parents soit décédé très tôt. Cela étant, la natalité, même si toujours galopante, a tendance à diminuer, notamment du fait de la récente législation qui interdit le travail des enfants, et fait donc drastiquement augmenté leur coût de prise en charge.

Ce qu'il faut quand même accordé aux cultures africaines de la région des Grands Lacs en général, c'est que, contrairement à l'Afrique de l'Ouest et à ses tristement célèbres pratiques d'excision, le plaisir féminin n'est pas tabou (s'il reste confiné dans les limites du mariage, bien entendu!). Un petit exemple assez curieux: au Rwanda, pour augmenter le plaisir des jeunes filles, leur mère allonge manuellement leur clitoris, et ce dès leur petite enfance. Du coup, les rwandaises ont ici la réputation de pouvoir uriner debout, comme les hommes!

2 commentaires:

  1. Toujours intéressant ton blog, merci.
    As-tu interrogé un Burundais de confiance, car le sujet est délicat, sur le droit de cuissage du frère ainé sur la femme du cadet?
    La lance plantée devant le rugo: signal discret mais absolu ....que le mari doit s'éloigner.
    Si possible assiste à une remise de dot, et arme-toi de patience, la cérémonie est longue....
    Mais peut-être ces coutumes ne subsistent-elles que dans les collines reculées?
    Cordialement.

    Picoch

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  2. Encore chapeau pour ton blog... Ton regard sur ma culture est super intéressant et me montre comment l'étranger la voit.
    Bonne continuation.

    Bruno

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